2008 – mars – Pierre et Ilse Garnier : la poésie au carrefour des langues

Présentation

Le Centre d’Etudes du Roman et du Romanesque (CERR / CERCLL), a organisé au printemps 2008 un hommage aux poètes Pierre et Ilse Garnier. Le CERR, à l’origine de cette initiative, entendait d’emblée inscrire ce projet dans le domaine de recherche élargi qui est celui du CERCLL, puisqu’ont été associées, notamment, les équipes de recherche en linguistique (LESCLAPP) et en langue et littérature allemandes (CAE).

Pierre Garnier, qui vit près d’Amiens – où il est né –, est l’auteur d’une œuvre considérable qui mérite d’être découverte ou redécouverte. Avec sa femme Ilse, il est l’un des principaux représentants de la poésie spatialiste, mouvement d’envergure internationale. Mais son écriture ne se limite pas à ce seul domaine et ses nombreux livres, en français, en picard, en allemand, ses traductions, ses textes théoriques, font de lui, sur le plan régional et national, une figure importante de la poésie contemporaine, à qui l’Université de Picardie – Jules Verne se devait de rendre hommage.

Ce colloque a marqué le quatre-vingtième anniversaire de Pierre et Ilse Garnier et s’inscrivait dans le cadre du Printemps des Poètes 2008, proposant de donner à cette manifestation nationale une résonance régionale intéressante. Ouvert à tous, il associait des études universitaires, des témoignages, des interventions d’écrivains, des expositions et une soirée d’hommage organisée avec le service d’Action Culturelle. Son objectif était d’attirer, de sensibiliser et d’informer un public varié, celui des étudiants, celui des enseignants qui peuvent trouver dans une œuvre proche et actuelle une approche vivante de la poésie, celui des acteurs divers dans les domaines du livre et de la lecture, celui, enfin, de tous les lecteurs sensibles à la poésie.

Le CERCLL, organisateur de cette rencontre, s’est donné comme objectif principal d’étudier la circulation des textes, des savoirs et des langues, dans l’espace européen notamment. Conformément à cette orientation générale, le colloque « Pierre et Ilse Garnier, la poésie au carrefour des langues » s’est efforcé de situer les œuvres de Pierre et Ilse Garnier dans leur contexte historique et culturel, de préciser leurs relations avec les divers mouvements littéraires et artistiques, et plus particulièrement avec la culture allemande et la tradition picarde. Il s’est aussi interrogé sur les relations entre les formes, entre le texte et l’image notamment. Au delà de l’hommage, il entendait constituer ainsi un moment de réflexion sur la pluralité, la diversité et l’actualité des langages poétiques.

Programme

« Pierre et Ilse Garnier : la poésie au carrefour des langues »

colloque des 6-7-8 mars 2008

Jeudi 6 mars

13h30-17h30, salle Dewailly : Langue maternelle, langue poétique, sous la présidence de Monique Crampon, Doyenne de la Faculté des Lettres

  • 13h 30 : Accueil des participants
  • 13h 45 : Ouverture du colloque
  • 14h. Jean-Michel Eloy (Université de Picardie) : Pierre Garnier, écrivain trilingue
  • La littérature a quelque lien avec le nationalisme. Non seulement les langues nationales en ont fait un usage déterminant. Mais aujourd’hui encore, la discipline « littérature française », par exemple, laisse à l’écart la littérature de langue française écrite ailleurs… Par ailleurs, le fétichisme des langues expose l’écrivain à une sorte de récupération, comme si – mais pourquoi pas ? – il écrivait pour illustrer l’une ou l’autre langue. D’autant plus intéressante est donc cette catégorie d’auteurs dont l’œuvre utilise plusieurs langues. Et l’on peut se demander d’où tant d’écrivains tiennent cette particularité de leur répertoire, quelles utilisations ils en font et quelle est la place singulière de Pierre Garnier parmi eux.
  • 14h 25. Olivier Engelaere (responsable Langue et Culture auprès de la région Picardie) : Pierre Garnier et Eklitra
  • Rôle de Pierre GARNIER dans le mouvement qui a fait passer le picard d’un patois à une langue de culture. Fondation d’Eklitra, rôle de Pierre GARNIER, son apport à l’association, le mouvement qu’il a généré par son travail dans Eklitra, la prise de conscience qu’il a suscitée chez des personnes qui ont joué un rôle très important par la suite (Pierre IVART, André LEVEQUE). »
  • 14h 50. Ivar Ch’Vavar (poète) : Le Picard de Pierre Garnier
  • 15h 15 : Discussion et pause
  • 16h. Lucien Wasselin (poète, écrivain, critique) : Pierre Garnier, la poésie, ses racines
  • Si une première approche de l’œuvre de Pierre Garnier met en évidence la rupture entre une écriture poétique construite autour du vers et une autre écriture construite à partir du signe, une lecture attentive des Chroniques écrites par Pierre Garnier dès les années 90, brouille cette dichotomie abrupte et invite à une lecture plus nuancée de l’œuvre. Si le texte de Novalis auquel se réfère souvent Pierre Garnier se révèle fondateur de sa nouvelle approche du langage poétique, l’enfance scolaire de Pierre Garnier se révèle à l’origine d’une vision double du monde quand le futur poète est confronté au discours du maître d’école. Ce moment singulier de sa vie semble être le point de départ aussi bien de sa poésie linéaire que de sa poésie spatiale… Illustration donc des rapports complexes que le poète entretient avec sa langue maternelle.
  • 16h 25. Jean-Louis Rambour (poète, écrivain) : Terre et grand-mère
  • L’apparition et l’évolution du personnage de la grand-mère dans la poésie de Pierre Garnier. La grand-mère comme élément constitutif de la cosmogonie de Pierre Garnier. La grand-mère et sa table ronde comme origine d’un système.
  • 16h50 : Discussion

18h : Visite de l’exposition à la Bibliothèque Louis Aragon (rue de la République) : présentation, par Pierre Garnier et Séverine Montigny, de livres et de documents du fonds spatialiste.
19h 30 : Concert au Carré Lamartine : Isabelle Aboulker : mélodies sur des poèmes de Pierre Garnier ; Schubert : Lieder, Fantaisie en fa mineur (Isabelle Aboulker, Edmond Rosenfeld : piano ; Chloé Waysfeld : soprano).


Vendredi 7 mars

9h-12h 30, Petit théâtre de la Maison de la Culture : Les mots et les signes, sous la présidence de Marie Dollé, directrice du CERR

  • 9h 15. Christian Pelletier :  Pour les enfants et pour les raffinés
    Ce titre de Max Jacob peut s’appliquer à l’ensemble de l’œuvre de Pierre Garnier, notamment au travers des dernières publications, Viola tricolor, Le poète Yu, Un poème du soleil. Il s’agit moins de l’esprit d’enfance que de l’enfance de l’esprit, par et pour lequel le mot redevient fascinant pour œil et ouïe, le signe pour vue et tactilité.
  • 9h 40. Philippe Buschinger (critique, artiste-éditeur) : La poésie spatialiste ou l’œuvre au blanc
    Il s’agira d’aborder la question typographique de la gestion du blanc dans la poésie spatialiste à partir d’exemples ponctuels et l’incidence de cette gestion dans les processus de raréfaction et de concentration de la matière poétique caractéristique de ce type d’écriture.
  • 10h 05. Claude Debon (Université Paris III – Sorbonne nouvelle) : Et moi aussi je suis peintre
    La présence de figures coloriées dans quelques recueils de Pierre Garnier introduit un nouvel interlocuteur dans le dialogue entre les deux principaux modes d’expression du poète : le texte et l’image. À quoi joue ce nouveau trio ? Dans quelle tradition s’inscrit-il ? On interrogera en particulier Die Fenster, (Köln 2000).
  • 10h30 : Discussion et pause
  • 11h 05. Francis Edeline (Belgique, Groupe , Université de Liège) : La constellation Mot-Figure
    Telle est l’appellation choisie par Pierre Garnier pour désigner la forme poétique qu’il a adoptée dans la plupart de ses derniers livres. Cette forme met en jeu des modes particuliers de la relation texte/image, dont on fera ressortir l’intérêt sur le plan de la poéticité.
  • Jean-Yves Debreuille (Université Lyon 2) :  Pierre Garnier ornithopoète
    11h 30.
    Quand, en 1986, Pierre Garnier publie son Ornithopoésie, on peut être surpris. Renoncerait-il au spatialisme ? A-t-il cédé à une tentation de circonstance, en éditant en volume des fragments des chroniques qu’il tient dans le Journal des oiseaux ? De fait, on s’aperçoit que ces poèmes sont tout aussi spatiaux. Leur disposition aérée – ou aérienne- dans l’espace de la page laisse place à toutes les circulations, ou à toutes les respirations. L’oiseau lui-même est présenté comme un point mobile qui tantôt est au centre du monde, tantôt à l’horizon de l’univers. (…)
  • 11 h 55 : Discussion

14h00-18h00, Maison de la Culture : Pierre et Ilse : œuvres croisées, sous la présidence de Jean-Yves Debreuille, professeur à l’Université Lyon 2

  • 14h 00 : Présentation par Françoise Racine et Pierre Garnier de l’exposition « Pierre Garnier, le parcours d’un poète ».
  • 14h30 : Alain Devaux (responsable du projet Pierre Garnier au CRDP d’Amiens) : « Dommage(s) »
    Au cours d’une « obscure progression vers la lumière » et par la seule force de sa pensée, Pierre Garnier a empêché, entre autres, que la cathédrale d’Amiens soit détruite, en même temps que la ville, par une Allemande qui s’appelle Ilse. Pour la neutraliser définitivement, il l’a épousée et l’a convertie au spatialisme. (…) Pierre et Ilse Garnier sont des étoiles et un jour ils brilleront par leur absence. Et s’ils gravaient sur leur pierre, comme l’a fait le cinéaste Ozu, un idéogramme signifiant « vide » ? (…)
  • 14h 55 : Gaby Gappmayr (Innsbruck ; auteur d’une thèse de doctorat sur P. et I. Garnier) : La poésie spatiale de Pierre et Ilse Garnier
    Une typologie de l’œuvre poétique de Pierre et Ilse Garnier. Les constellations visuelles se composent de signes linguistiques et de signes géométriques ou mathématiques. Comment les deux poètes créent-ils leurs espaces poétiques ? Un univers poétique spatial et linguistique. L’interférence entre l’espace et les signes, une aventure spatiale. Une approche à l’aide de quelques poèmes choisis.
  • 15h 20 : Jacques Lardoux (Université d’Angers): De Après nous le soleil à Le Soleil est un regard
    Depuis la publication de Après nous le soleil (1952) aux Cahiers de Rochefort jusqu’à Le Soleil est un regard (1979) aux éditions Prouvaires et bien au-delà, Pierre Garnier a-t-il été un « poète solaire » ? À partir des années 60, l’aventure du spatialisme en poésie, pour laquelle Ilse et Pierre sont partie prenante, prend forme. Notre idée est que ces recherches esthétiques somme toute apolliniennes sont depuis toujours en germe dans leur poésie… Mais Ilse se dit requise davantage encore par la lumière que par le soleil. Faut-il voir dans ces diverses fascinations des tentations néo-mystiques ou des approches pluralistes concrètes en prise directe avec notre temps ?
  • 15h 45 : Discussion et pause
  • 16h 25 : Renate Kuhn (Université de Dortmund) : « Cette figure bizarre de l’auteur » – Les travaux en commun d’Ilse et Pierre Garnier
    Les travaux en commun d’Ilse et Pierre Garnier seront situés dans une tradition qui commence avec la ‘Sympoesie’ des romantiques allemands, se poursuit dans les avantgardes du 20e siècle et atteint actuellement un stade nouveau dans la poésie digitale. Après un inventaire bref des formes de coopération et des livres qui en résultaient, suivra une analyse exemplaire d’une de ces publications – Les poèmes mécaniques – qui essaie de prendre au sérieux la mise en question du concept traditionnel de l’auteur et les conséquences qui en résultent pour une conception nouvelle de l’œuvre ainsi que du rôle du lecteur.
  • 16h 50 : Alfons Knauth (Université de Bochum) L’interlecte franco-allemand de Pierre et Ilse Garnier
    Cette communication se propose de décrire et de définir le discours franco-allemand de Pierre et Ilse Garnier dont l’œuvre, à divers égards, est écrite en dialogue. Le parler quotidien de ce couple de poètes, originaires de deux pays hétéroglottes, se transfigure dans leur œuvre au point de créer un subtil interlecte littéraire. Les langues française et allemande se croisent et communiquent dans leurs textes, y compris les images, pour constituer un espace interlingue et intermédiaire très caractéristique dont il reste à déterminer les formes et les fonctions respectives.
  • 17h 15 : Discussion

21h : Soirée à la Maison de la culture : Hommage de Jacques Darras à Pierre Garnier ; lecture de textes de Pierre Garnier par lui-même, par les poètes Ivar Ch’Vavar et Tristan Felix et par le chanteur et conteur Philox ; présentation, par Ilse Garnier, de poèmes spatialistes.

Samedi 8 mars


9h-12h 30, Petit théâtre de la Maison de la Culture : Carrefours et rencontres, sous la présidence de Jean-Michel Eloy, professeur à l’Université d’Amiens

  • 9h 15. Violette Garnier (Spécialiste en sciences de l’art) : Le voyage de l’été 64, rencontres d’écrivains et d’artistes d’Allemagne de l’Est et de Tchécoslovaquie Carl Friedrich Claus, Josef Hirsal, Jiri Kolar, Ladislas Novak, Ondra Lisohorsky… : des « expérimentaux » et un « poète de la nature ».
  • 9h 40. Zofia Machnicka (Zachęta National Gallery of Art, Varsovie) : Chassé-croisé Dróżdż – Garnier : poésie visuelle en tant que forme ouverte
    La comparaison entre l’œuvre d’Ilse et Pierre Garnier et la pratique artistique de Stanisław Dróżdż, un des poètes concrets polonais des plus intéressants qui travaille dans l’espace des galeries en insérant son approche dans le domaine des arts visuels, nous permettra d’aborder la question du statut « intermédiaire » de la poésie visuelle et de sa place aux croisements des arts. (…) Toutes différentes qu’elles soient, les approches de Garnier et Dróżdż semblent comporter des similitudes profondes. En effet, il semble que la catégorie du silence permet de mettre en lumière une certaine position philosophique commune à deux artistes et démontre aussi bien l’originalité de leur approche que la spécificité du genre de la poésie visuelle, tant par rapport au champ des arts visuels que celui de la littérature.
  • 10h 05. Anna Bálint (poète, écrivain, Budapest) : «  45 »
    Aspect esthétiques de la poésie spatiale dans l’oeuvre de Pierre et Ilse Garnier. Systèmes sémiotiques vus dans le contexte  de la poesie concrete et visuelle contemporaine. Les média de la poésie spatiale : des livres d’artistes jusqu’aux œuvres du réseau.
  • 10h30 : Discussion et pause
  • 11h 05. François Huglo (écrivain, poète) : Rochefort via Garnier/Garnier via Rousselot
    L’école de Rochefort existe pour Pierre Garnier qui a décrit ce « sentier en poésie », parti de son enfance, qui chemine encore en lui. Si « Rochefort » est au travail chez Garnier, la poésie de Pierre n’a cessé de travailler Jean Rousselot, dont les résistances même ont relancé la curiosité et entretenu l’amitié.
  • 11h 30. Cécile Odartchenko (éditrice, écrivain) : Correspondances
    Correspondances avec P. Garnier dans le cadre d’une résidence à Bussy-Rabutin et en résonance avec les « Devises » de P. Garnier.
  • 11 h 55 : Discussion

14h-17h30, salle Dewailly  : La langue au carrefour des temps…, sous la présidence de Claude Debon, professeur à l’Université Paris III

  • 14h. Christine Dupouy (Université de Metz) : La notion de « chronique » chez Pierre Garnier
    Martial Lengellé est le premier à avoir attiré l’attention sur la notion de « chronique », qui caractérise un nombre assez remarquable de recueils du poète à partir de 1992. Il conviendra de s’interroger plus longuement et profondément sur cette notion et sur ses conséquences par rapport au type d’écriture. Il est enfin à préciser que nous nous disposons d’un texte très intéressant et complexe sous la forme d’une lettre qui nous a été adressée à ce propos par Pierre Garnier en août 2007.
  • 14 h25. Christiane Noireau (Université de Picardie – Jules Verne) Le testament de Saisseval
    Le temps, l’espace, l’Histoire. La volonté d’un poète qui a vécu ou tenté de survivre. Les choses infimes qui s’offrent à l’oeil, à l’ouïe et qui peuvent faire sens existentiel et transcendental.
  • 14h50. Discussion et pause
  • 15h 30 : Jean-Baptiste Para (poète, rédacteur de la revue Europe) : Les trois moitiés du cœur
    Les articulations entre enfance / histoire / poésie / utopie.
  • 15h 55 : Pierre Dhainaut (poète) : Le beau temps de Pierre Garnier
    Nous avons peur du temps, nous le mesurons, nous l’accusons de fuir et de nous porter vers la mort : telle est notre vision la plus courante, telle n’est pas celle de Pierre Garnier. Un de ses livres, en 1993, s’appelait L’autre temps ; un autre, en 2005, en picard cette fois, Le beau temps : ce temps-là, le poète le connaît, qui n’a oublié ni l’enfant ni « l’homme simple ». Son œuvre entière en est sans cesse éclairée, fécondée, elle l’exalte et le ranime aussi bien.
  • 16h 20 : Discussion
  • 16h 40. Entretien de Pierre et Ilse Garnier avec Jean-Louis Rambour.

17h 30 : Clôture du colloque.


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