2009 – mai – Présence de la Chine dans les lettres françaises et allemandes du début du XIXe siècle au début du XXe siècle

Colloque international organisé par le

Centre d’Etudes des Relations et Contacts Linguistiques et Littéraires (C.E.R.C.L.L.)

mai 2009

Coordination scientifique : Marie Dollé – Geneviève Espagne

Présentation

Depuis les voyages de découverte des Polo et les récits des missionnaires jésuites en Chine l’intérêt pour l’“Empire du Milieu” n’avait cessé de croître. On a même pu parler d’“enchinoisement” des élites européennes de l’époque. L’image s’obscurcit avec les Recherches philosophiques sur les Egyptiens et les Chinois de l’abbé Corneille de Paw (1773) et la relation de voyage de Pierre Sonnerat (1782).

Le colloque situera la problématique entre le début du XIXe siècle et le début du XXe siècle. C’est une période complexe où, sur fond de montée des nationalismes et des colonialismes, se forge un nouveau regard sur la Chine, qui se veut critique mais aussi objectif, scientifique Les nouvelles traductions des sinologues comme le nombre grandissant des voyageurs après la réouverture du pays au commerce imposée par le traité de Nankin (1842), apportent également des matériaux qui, quantitativement et qualitativement, appellent d’autres formes d’appropriation intellectuelle, littéraire et sensible de la culture chinoise.

Ces phénomènes seront étudiés dans un champ bi-national, celui des lettres françaises et allemandes. C’est en effet au début du XIXe siècle que commence à se structurer la sinologie, notamment à Paris, où est créée au collège de France, pour Jean-Pierre Abel-Rémusat, la première chaire européenne de chinois (1814). Une des réalisations immédiates de la nouvelle discipline est la fondation du Journal asiatique en 1822. A la même époque (1821-1831), le Berlinois Wilhelm von Humboldt entretient sur le chinois avec le même Rémusat une correspondance philosophico-grammaticale décisive pour la constitution de sa théorie du langage et les débuts des études chinoises. En 1827, Goethe, initié par Klaproth et inspiré par les premières traductions de certains romans chinois, traverse son “année chinoise”, qui coïncide avec ses premières réflexions sur la “littérature mondiale” et dont le produit sera un ultime cycle lyrique, les Chinesisch-deutsche Tages- und Jahreszeiten.

Il s’agira donc de parcourir un double espace savant, littéraire et artistique. La part britannique, indéniable, devra rester présente à l’esprit, sans toutefois être au centre des préoccupations. Les supports, institutionnels ou individuels, de la médiation entre cultures sont bien connus des spécialistes de la circulation des textes, des savoirs, des langues et des objets entre les différents espaces nationaux : revues, chaires universitaires, correspondances, traductions, relations de voyages, photographie, musées. On s’efforcera d’identifier les canaux d’une diffusion croisée des productions de la Chine, d’analyser l’émergence d’un intérêt pour le lyrisme, pour le taoïsme et de mettre à l’honneur les apports, souvent encore dévalorisés, des devanciers. On s’interrogera sur la manière dont les travaux des érudits, les récits de voyages, les explorations (Adolf Bastian) et les expéditions archéologiques (Édouard Chavannes, Victor Segalen) ont pu contribuer à nourrir l’imaginaire littéraire et artistique. Les approches comparatistes seront les bienvenues. On attachera aussi la plus grande importance à toute constellation qui pourrait mettre en jeu les trois références culturelles envisagées. Le trajet parcouru par des motifs tels le rêve du papillon ou l’éventail blanc de la femme infidèle depuis l’introduction du Chin-ku ch’i-kuan par le Père Jean-Baptiste Du Halde (du roman de Karl Siegmund von Seckendorff Das Rad des Schicksals – 1783, en passant par l’“Histoire de la dame à l’éventail blanc” d’Anatole France – 1891, le drame lyrique de Hugo v. Hofmannsthal Der weiße Fächer – 1897 … jusqu’aux Fleurs bleues de Raymond Queneau – 1965) pourrait être considéré comme paradigme de telles configurations triangulaires. Les resémantisations entraînées par le passage des frontières seront un objet d’étude privilégié. Le colloque pourra réunir des historiens (de la sinologie, des musées, de la littérature), des sinologues, des comparatistes, des spécialistes de la littérature française et des germanistes. Son ambition serait de dessiner une des figures possibles d’une histoire de la littérature européenne décentrée : l’assimilation d’une référence tierce créerait un champ commun à l’intersection de deux aires culturelles que l’historiographie littéraire traditionnelle, dominée par les clivages nationaux, sépare.

Plusieurs axes de recherche sont proposés :

-Les correspondances sinologiques entre la France et l’Allemagne (comme celle, déjà citée, de Humboldt et de Rémusat)

-Les échanges franco-allemands dans les revues des deux pays jusqu’au T’oung pao, la ‘Chine allemande’ dans la Revue asiatique, etc.

- Les figures : missionnaires comme le Picard Séraphin Couvreur, Léon Wieger, Richard Wilhelm, ou professeurs comme Wilhelm Schott, d’Hervey Saint-Denys, Wilhelm Grube, Henri Cordier, Alfred Forke, etc.

- Le rôle des musées (Guimet, Cernuschi à Paris, Museum für Völkerkunde, Ostasiatische Kunstsammlung à Berlin) dans la diffusion de la culture chinoise, et leurs contacts.

- La réécriture, qu’il s’agisse de traductions, d’adaptations ou de “Nachdichtungen” (“après-poèmes”). Le rôle de certains poètes comme Paul Claudel et Victor Segalen dans la « connaissance de l’Est ». L’image de la Chine dans la littérature populaire des deux pays (Jules Verne/ Karl May par exemple).

-La perception du confucianisme, la diffusion de la doctrine du wuwei (Döblin, H. Hesse) et les différences de réception entre les deux pays.

Contact : marie.dolle@orange.fr – genevieve.espagne@free.fr

Programme


Une Chine partagée

Présence de la Chine dans les Lettres françaises et allemandes

du début du XIXe au début du XXe siècle

Colloque international organisé par le

Centre d’Etudes des Relations et Contacts Linguistiques et Littéraires (C.E.R.C.L.L.)

13 – 16 mai 2009

Bibliothèque Louis Aragon – 50, rue de la République – Amiens

(auditorium Charles Pinsard)

Mercredi 13 mai

à partir de 16h 30 : accueil des participants

17h : introduction au colloque

17h 15 : conférences inaugurales

  • Huang Bei (Shanghai) : Le taoïsme de Victor Segalen.
  • Wei Maoping (Shanghai) : Günter Eich und China.

Jeudi 14 mai

9h 30 – 13h

  • Muriel Détrie (Paris) : L’évolution de l’“Europe chinoise” du début du XIXe au début du XXe siècle.
  • Fang Weigui (Pékin) : Wie eigentlich kam es zum Wissens- und Vorstellungstransfer über China im Frankreich und Deutschland des 19. Jahrhunderts ?
  • Jacques Marx (Bruxelles) : De la proto-sinologie à l’Aufklärung : la Prusse chinoise.
  • Georg Lehner (Vienne) : Die Anfänge der Sinologie im Spiegel deutscher und französischer Enzyklopädien (1800-1850).

14h 30 – 17h

  • Philippe Postel (Nantes) : La correspondance Humboldt – Rémusat.
  • Céline Trautmann-Waller (Paris) : Les études chinoises d’un disciple de Humboldt : Heymann Steinthal à Paris (1852-1856).
  • Geneviève Espagne (Amiens) : Les saisons et les heures franco-chinoises de Goethe.

20h 30 : Projection “24 city”, film de Jia Zhang-Ke, à la Maison de la Culture d’Amiens.

Vendredi 15 mai

9h 30 – 13h

  • Nicolas Idier (Paris) : Les œuvres du P. Huc et d’Alexandre Csoma de Körös : une comparaison.
  • Sylviane Albertan-Coppola (Amiens) : Un pont entre la Chine et l’Europe au XIXe siècle : les traductions du P. Séraphin Couvreur.
  • Angel Pino (Bordeaux) : La Chine devant l’Europe et l’Europe devant la Chine en 1859 : une polémique entre le marquis d’Hervey-Saint-Denys et Charles Gay.
  • Marie-Hélène Girard (Amiens / Yale) : La Chine des expositions universelles (1851-1867).

14h 30 – 18h

  • Annemarie Fiedermutz (Münster) : China in der französischen Ethnologie des 19. Jahrhunderts und im Werk von Adolf Bastian (1826-1905), dem Begründer der Ethnologie im deutschsprachigen Raum.
  • Lucie Bernier (Taipei) : La première œuvre de George Soulié de Morant : sa diffusion en Allemagne, son rôle dans la diffusion de la connaissance de la Chine en Europe.
  • Eric Lefèbvre (Paris) : Le destin des collections chinoises d’un marchand d’antiquités allemand de Paris : A. Worch.
  • Wolfgang Sabler (Amiens) : Le cercle de craie. Remarques sur l’acclimatation du théâtre chinois en France et en Allemagne.

Samedi 16 mai

9h 30 – 12h

  • Ye Jun (Pékin) : The Interaction of german-french Sinology with the modern chinese Scholarship : A focus on the communication between Richard Wilhelm, Paul Pelliot and the chinese Scholars expatriated in the West.
  • Colette Camelin (Poitiers) : Pensée taoïste et sagesse dionysiaque dans des œuvres de Hermann Hesse, Alfred Döblin, Victor Segalen et Marguerite Yourcenar (1910-1938).
  • Marie Dollé (Amiens) : Le rêve du papillon et l’éventail blanc, de Zhuanzi à A. France, Hofmannsthal et R. Queneau.

14h 30 : Visite guidée de la cathédrale

Coordination scientifique : marie.dolle@orange.fr, genevieve.espagne@free.fr


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