Projet
Le C.E.R.C.L.L. s’est donné pour objet d’étude la circulation des textes, des savoirs et des langues dans un espace culturel donné ou entre plusieurs espaces, à l’intérieur de l’Europe notamment entre l’espace français qui est une référence commune et les espaces de langue allemande, anglaise, espagnole, sans omettre, outre-Atlantique, les USA et le domaine latino-américain. Il s’intéresse particulièrement aux supports de la médiation et des contacts entre littératures, langues et, plus largement, cultures ; il ne s’agit pas seulement des personnes (locuteurs, traducteurs, épistoliers) mais aussi des institutions (revues, sociétés savantes, musées, chaires universitaires, éditeurs, etc.). Ces recherches concernent la réception de chaque littérature nationale à l’étranger, sa perception en fonction de l’horizon d’attente propre à un milieu d’accueil spécifique. Elles s’appliquent également à l’émergence des langues, toujours résultante de contacts, et à leur grammatisation.
Sont inclus dans la thématique du Centre les travaux relevant de la théorie littéraire (phénomènes intergénériques, spécialement la notion de « romanesque » ; intertextualité ; métalepse). Ce type d’approche n’est pas dissocié d’une approche historique, les textes et les savoirs ne circulant pas sous les mêmes auspices dans l’espace du Moyen Age, dans celui de l’Age classique, dans le contexte de la montée des identités nationales au XIXe siècle ou à l’époque de la toile. L’attention portée à l’émergence des formes implique de s’ouvrir au dialogue entre les modes de discours et d’expression (littérature / philosophie ; littérature / journalisme ; littérature / critique, mais aussi intermédialité : littérature / cinéma, photographie ; littérature / radio) et même au caractère novateur de la communication électronique, à l’apparition d’objets plurilinguistiques, de réalisations hétérogènes organisant en leur sein de multiples circulations et/ou contaminations (écrit / oral par exemple).
De façon générale, l’approche privilégiée implique pour les textes, les savoirs et les langues, qui seront vus dans leur dimension diachronique comme synchronique, une réflexion sur la notion de frontière (définition/transgression, contact/confrontation). Qu’elle soit entendue au sens propre ou au sens figuré, comme démarcation entre des espaces ethno-linguistiques différents ou par exemple entre genres littéraires, cette notion ressortit plus essentiellement à la question du sens : la traversée d’une frontière entraîne toujours des resémantisations qui sont un objet crucial des études littéraires et linguistiques dans un cadre culturel élargi.
Aborder les textes, les savoirs et les langues dans la perspective de leur circulation nécessite enfin de s’interroger sur les marges. Il s’agira de penser la hiérarchie entre littératures ou langues dominantes et minorées, le statut de certains genres appelés « paralittéraires », la notion de « norme », aussi bien au plan linguistique, formel que politique. Un espace marginal, en principe secondaire, peut influer sur le discours qui s’écrit et qui se dit ou l’envahir, jusqu’à devenir une « pleine marge ». Mais la notion de marge a également une acception sociologique et historique. Dans le domaine littéraire, elle est alors la clé d’une archéologie de la vie et des mouvements intellectuels parce qu’elle permet de promouvoir des figures non canoniques (« minores ») et, par contrecoup, de renouveler l’approche des auteurs du canon.